Marxisme et Autorité

Marxisme et Autorité
La fonction du parti de classe et le pouvoir dans l’Etat révolutionnaire1
Il Programma Comunista (1956)
Qui arbitrera les divergences?
Le problème a été esquissé à la fin de la première séance, consacrée à l’histoire du tournant qui vit la
victoire (en 1926) de la ligne de la construction du socialisme en Russie avant et sans la révolution
prolétarienne en Europe, la victoire du courant représenté par Staline, et également par Boukharine2 et
beaucoup d’autres avant qu’ils ne passent eux aussi dans l’opposition et qu’ils finissent victimes de la
répression. Si l’on admet que Jusqu’après la mort de Lénine le parti a suivi la ligne politique
historiquement correcte, défendue magistralement au cours de longues décennies, qui culminait dans
la prise en charge totalitaire du pouvoir d’Etat, à la tête de la classe dirigeante, le prolétariat salarié,
allié à la classe subordonnée des petits paysans dans une phase transitoire à la dictature du seul
prolétariat et à la transformation socialiste après la victoire politique et sociale du prolétariat dans une
grande partie au moins de l’Europe bourgeoise; si l’on admet cela- et ici est sinon le doute, du moins la
question, comment expliquer alors que ce parti si bien préparé par toute son histoire, se soit brisé au
profit des thèses défaitistes, contre-révolutionnaires?
Existe-t-il une force historique, une assemblée, un Corps, que l’on pourrait consulter pour éviter
l’erreur et la catastrophe, étant donné que le mécanisme du parti bolchevik et celui de l’Internationale
avec lui, firent misérablement faillite, au point d’accepter comme ligne orthodoxe et révolutionnaire
celle qui conduisait à la trahison et au passage à l’ennemi bourgeois?
De façon générale où trouver la direction, le guide suprême de l’action de la classe laborieuse dans la
lutte pour le socialisme? C’est une question qui a coûté de nombreuses crises, de nombreuses épreuves
et de dures défaites. Elle se pose depuis les temps difficiles où l’Europe avancée devait être encore
rudement secouée pour faire place nette, sur les ruines des institutions féodales, aux nouvelles formes
sociales capitalistes qui ne pouvaient s’imposer sans l’oxygène des libertés nationales et juridiques.
Cette question secoua aussi l’Internationale ouvrière après 1871, lors du conflit historique entre Marx
et Bakounine3, entre les «autoritaires» et les libertaires qui pendant de nombreuses décennies et en de
nombreux endroits passèrent pour l’aile la plus résolue et la plus active du mouvement des classes
laborieuses.
1 Troisième séance de la réunion générale de Turin, 19/20 mai 1956, Partito Comunista Internazionale, Il Programma
Comunista, n° 12, 13 e 14 del giugno-luglio 1956. En français, Le prolétaire, n° 450, 1999. NDLR
2 Nikolaj Ivanovič Bucharin (1888-1938) était un leader bolchevik, l’un des premiers à théoriser sur le concept de socialisme
dans un seul pays. NDLR
3 Mikhaïl Aleksandrovitch Bakounine (1814-1876) était un révolutionnaire théoricien de l’anarchisme et un philosophe qui
avait particulièrement écrit sur le rôle de l’État. Il posait dans ses écrits les fondements du socialisme libertaire. NDLR
Sans voir qu’ils s’enfonçaient totalement dans les brumes de l’idéologie bourgeoise, les anarchistes
prétendaient que tout individu pouvait de façon autonome décider de son action, et qu’en supprimant
toute contrainte extérieure, on résoudrait aussi implicitement le problème de soustraire le travailleur à
l’exploitation patronale : « continuation » de la voie bourgeoise qui avait libéré la conscience
individuelle des entraves religieuses et le droit personnel des entraves juridiques.
Se baptisant anarcho-communistes ou anarchistes-organisateurs (même si pour ne pas utiliser le mot
parti, ils faisaient partie à l’époque de cette polémique célèbre de l’Alliance de la démocratie socialiste,
appellation bien digne de nos pires politiciens actuels), ils admettaient les unions ouvrières de défense
syndicale; ils parlaient aussi vaguement de futures petites « Communes » locales, formées par
l’adhésion libre ct spontanée des habitants d’un territoire, autonomes entre elles et dans leurs rapports.
La critique classique de Marx et d’Engels a réduit en pièces ce système branlant.
Elle a démontré que la spontanéité et l’autonomie n’étaient pas des conceptions valables pour le
mouvement révolutionnaire d’une classe bien définie; celle-ci a besoin au contraire de la formation
d’un parti unique central, qui dépasse les divisions de corporations et de localités, et surtout les
caprices locaux et occasionnels. Marx et Engels expliquèrent que ce n’est pas de la conscience, mais
des forces ct violences matérielles convergentes que naît le phénomène suprêmement autoritaire qu’est
une révolution (Engels) : jamais la révolution ne pourra démanteler les vieilles institutions si elle ne
leur applique pas un nouveau pouvoir, un Etat, une dictature, une autorité.
Liberté et nécessité
Le mot dialectiquement opposé au mot de Liberté dont on a tant abusé, n’est pas Autorité, mais
Nécessité. La société humaine ne peut éviter de se plier aux forces matérielles nécessaires de
l’environnement, si ce n’est, dans une certaine mesure, en les acceptant, les connaissant et prévoyant le
processus de leur manifestation. Dans la conception marxiste, le but ultime est également le
dépassement du règne de la nécessité par la société humaine, mais en tant qu’ensemble organique et
coordonné, non en tant qu’amas incohérent de rebelles capricieux dressés contre tout et n’importe quoi.
Ce lointain passage de la collectivité humaine, et non des individus, à la Liberté, ne sera pas atteint par
le renversement, les uns après les autres, de fragments d’ « autorité », formes issues non de la
domination arbitraire d’individus ou de groupes, mais des lois mêmes de l’évolution historique. Les
acteurs de l’histoire, ce sont les classes dans lesquelles la société est divisée ; ce sont elles qui sont
capables de faire triompher des formes à chaque fois nouvelles. Voilà ce qui caractérise vraiment les
révolutions : dans toutes, y compris la révolution prolétarienne des temps modernes, ce ne sont pas
l’autorité et la liberté qui s’affrontent, mais deux autorités l’une contre l’autre armées.
Pour l’anarchiste pur- du reste bien plus respectable que le semi-anarchiste manouvrier des fronts
politiques – Staline (ou son successeur) vaut Lénine, et Lénine vaut Kerenski4 ou Nicolas II5, après un
petit coup d’oeil de sympathie pour l’avant-dernier de la liste. L’anarchiste déteste l’Etat; mais il ne
peut comprendre que nous le détestons au moins autant que lui, et que ce n’est pas lui qui pourra le
supprimer. Depuis la naissance de notre théorie, déjà précise et définitive dans le Manifeste, déjà
affirmée dans les premiers écrits philosophiques de Marx et d’Engels, déjà complète dans la Misère de
la Philosophie contre Proudhon6 (« ne dites pas qu’il puisse exister un mouvement social sans
4 Alexandre Fiodorovitch Kerenski (1881-1970) était un homme politique russe, membre du Parti socialiste révolutionnaire.
Après la révolution de Février (chute du tzar), il occupa différents postes ministériels dans les deux premiers gouvernements
du prince Gueorgui Lvov, puis prit lui-même la tête du Gouvernement provisoire, avant d’être chassé du pouvoir par les
bolcheviks lors de la révolution d’Octobre. NDLR
5 Nicolas II, de la dynastie des Romanov (1868-1918) est le dernier empereur de Russie, roi de Pologne et grand-prince de
Finlande. Il fut exécuté ainsi que toute sa famille par les Bolchévik. NDLR
6 Pierre-Joseph Proudhon (1809-1865) était précurseur de l’anarchisme. NDLR
mouvement politique »), nous croyons donc à la Nécessité qui, au sens des effets de l’ambiance
naturelle et cosmique, est inévitable pour notre espèce ; et nous croyons à l’Autorité, comme la seule
voie des formes de développement de l’espèce elle-même, tout en y mettant un terme dans le futur,
sous certaines conditions de développement matériel des forces productives qui se sont formées au
cours de l’évolution de l’humanité et de son organisation sociale. Où plaçons-nous cette Autorité ? Si
l’on a recours au facteur Autorité, au facteur Pouvoir, au facteur Dictature, il faut savoir vers où se
tourner pour la consulter et en suivre la consigne étant donné que pour nous l’action désordonnée, sans
ce guide central, à laquelle se fient les libertaires, est condamnée à une misérable stérilité.
Nous devons lier cette Autorité à la classe, et en exclure toutes les autres classes, celles qui possèdent
aujourd’hui une autre Autorité et celles qui sont liées à la classe dominante dans le système de
production en vigueur. Par conséquent la Dictature, après la victoire politique, ou l’autorité interne
dans le Parti, avant et après la victoire, excluent évidemment les autres classes. L’Autorité ne naît pas
de la consultation générale, de la Démocratie absolue ; les anarchistes arrivent peut-être jusqu’à
l’admettre, même s’ils hésitent devant la question : est-il juste de nier les « droits de l’homme » au
bourgeois, au propriétaire, au patron ?
De la démocratie à l’ouvriérisme
Ce n’est pas faire un grand pas en avant que de résoudre le problème de la « formation des listes » par
le recours à la statistique ou à l’analyse sociologique donnant la catégorie sociale ou professionnelle de
chacun; si nous allions dans une circonscription quelconque, que ce soit un lieu de travail, une zone de
résidence ou un lieu de passage, et que nous interrogions les seuls ouvriers salariés, nous recueillerions
à coup sûr toute une gamme de résultats divergents entre eux.
Essayer d’en tirer la vérité suprême par l’addition brute des chiffres, ne nous éloignerait pas d’un pouce
des méthodes insipides de la démocratie pure, qui n’est rien d’autre que la démocratie bourgeoise, celle
qui a été inventée (en l’appliquant pour la première fois à tous les citoyens) précisément pour s’appuyer
sur le pouvoir des classes capitalistes possédantes.
Pour un travailleur, se comporter comme un élément de la société bourgeoise et se comporter comme
un élément de la classe prolétarienne, sont deux choses très différentes.
Dans une première période historique, le travailleur, à l’instar des serfs des familles nobles pendant des
siècles, n’avait pas encore fait les pas qui le conduiront à prendre le pouvoir de celui qui le paie. Dans
beaucoup de cas, sinon dans la majorité des cas, c’était l’intérêt économique qui faisait agir le serf
comme il convenait à son seigneur, qui le maintenait dans son servage.
Au début du capitalisme, le salarié de la manufacture était, du point de vue économique, hissé par le
patron au dessus des conditions du serf des campagnes ou de la boutique, et même du petit paysan et
du petit artisan, en conséquence de l’énorme puissance productive du travail associé par rapport au
travail isolé. L’ouvrier répond comme composante de sa classe quand son sort a été lié au sort de celleci
pendant une longue période et sur de vastes espaces qui comprennent les catégories professionnelles
les plus diverses et les plus lointaines localités.
Cela signifie que notre question ne peut être résolue par des règles juridiques ou par le recours à des
cours constitutionnelles, elle ne peut l’être que sur la base de l’histoire du déroulement du mode de
production capitaliste, ou, plus précisément, sur la base d’une perspective, fondée en doctrine, de son
déroulement futur. Ce n’est que sur une telle base que les antagonismes de classes deviennent visibles
et opérants : le problème de l’Autorité, nous pouvons nous le poser, non en nous adressant à une chaire
de philosophie morale ou d’histoire, mais en ayant d’abord établi les termes des étapes traversées
vertigineusement par le déroulement de l’économie capitaliste universelle.
Croire que la boussole ne donne l’orientation de l’antagonisme de classe que si nous la plaçons entre
l’ouvrier individuel et son entreprise, au moment de toucher la paye pour la semaine écoulée, voilà
l’erreur particulièrement insidieuse dont il faut se libérer.
Le plus souvent la boussole ne s’orientera pas, ou elle indiquera le sud conservateur; elle n’indiquera le
nord révolutionnaire que lorsque l’ouvrier en question se sera uni avec ses camarades de toutes les
entreprises et de tous les pays, avec ses camarades du passé et ceux du futur, situés à d’autres moments
et dans d’autres tourbillons de l’infernal et « anarchique » destin de l’économie de marché et
d’entreprise, où, en dépit des vantardises démocratiques et sociales, rien n’est assuré et garanti pour la
communauté des sans-réserve.
Cours économique et rapport de classe
Il y a des lieux et des moments où le capitalisme est favorable aux intérêts absolus et relatifs de ses
salariés, y compris quand la « feuille de paye » est fortement amputée par des prélèvements, soit à titre
de profits pour les membres de la classe « réserviste », soit à titre d’investissements, privés ou publics,
dans la machine productive en expansion.
Ce n’est pas là une rare exception; cela deviendrait même la règle si la forme capitaliste réussissait à
nous démontrer, peut-être dans l’espace d’une génération, qu’elle peut prévenir les guerres destructrices
et les crises générales de production et d’occupation, périodes au cours desquelles l’ouragan
économique emporte à la première bourrasque les sans-réserve, les membres de la classe ouvrière. La
condamnation que Marx a portée contre l’appropriation de la plus-value ne se fonde pas (comme il dit
dans une de ses phrases de géant de la science sociale) sur l’anatomie des classes, sur l’examen par un
comptable de chaque feuille de paye : ce n’est pas une critique comptable, juridique, égalitariste ou
justicialiste, mais une nouvelle et gigantesque conception de l’histoire entière.
Ce point essentiel peut donc être mieux compris après les résultats de notre esquisse de l’histoire
récente du capitalisme qui met bien en évidence la précarité de toutes les conquêtes, la fragilité de ses
avancées dans la production des biens, qui seront inexorablement suivies par des chutes vertigineuses.
La puissance des ressources techniques et, en conséquence, la productivité en biens et en valeurs de
l’effort de travail, augmentent tout au long de l’histoire du capitalisme. Ces ressources qui, en général,
progressent de décennies en décennies, suscitant les hymnes à la gloire de la science et de la
technique, devraient faciliter les reprises, le retour au travail de ceux qui sont tombés dans l’armée de
réserve, la reconstruction fébrile des installations détruites et la réactivation de celles qui ont été
abandonnées. Mais toute une série de facteurs négatifs opposés met à dure épreuve cet avantage
potentiel majeur de l’industrialisme moderne, orgueil de notre époque, invoqué pour en faire oublier
les infamies, l’absurdité et la folie.
La population s’accroît rapidement et comble les vides provoqués par les guerres prolongées. Les
besoins naturels et surtout les besoins artificiels, exacerbés par les crises et la misère, s’accroissent
énormément.
La production agricole ne réussit pas à suivre le rythme de la production industrielle : dans une
économie mercantile, elle est incapable de reprendre rapidement après des débâcles.
Après chaque guerre les rapports des pays producteurs avec les marchés de consommation sont
complètement bouleversés et la lutte pour les réactiver se fait au prix d’un énorme gaspillage d’énergie
et d’activité.
Au début du capitalisme, les crises frappaient les groupes de pays les uns après les autres ; à notre
époque d’absurdes liens financiers par dessus les frontières, elles tendent toujours plus à gagner la
production industrielle dans le monde entier. Le système des empires coloniaux se heurte à chaque
reprise à des résistances et des chocs plus grands.
Si nous considérons les premières crises de l’industrie anglaise décrites par Marx, qui se répercutaient
avec une fréquence décennale sur les pays subordonnés, nous voyons qu’une rapide phase de misère
équilibrait le blocage de la surproduction ; et la reprise s’effectuait sur une échelle toujours plus
étendue. Puis nous voyons peu à peu, après la première guerre mondiale, dans la grande crise d’entre
deux guerres qui éclata en Amérique, pendant et après la deuxième guerre mondiale, que lors des
crises le bouleversement de 1’économie mondiale est toujours plus profond et plus vaste, plus long à
être surmonté et les oscillations brusques des actifs et des passifs des entreprises et des nations plus
marquées que dans le passé.
Misère des risques croissants
Si nous avons fait ce bref rappel, dont la démonstration est établie sur des données économiques, c’est
pour montrer que la précarité du salarié dans la société moderne ne se mesure pas à son niveau de vie
dans les périodes où la machine productive est en pleine accélération, mais en prenant en compte la
totalité de ses conditions de vie pendant les longues périodes de course au bord de l’abîme et de chutes
périodiques dans celui-ci.
Quel que soit le réseau d’assistance et de sécurité que la « civilisation » bourgeoise réussit à mettre sur
pied, il est certain qu’en quelques jours ou quelques semaines toute protection du salarié, du sansréserve,
sans propriété et sans économie, disparaît si arrive la crise noire et le chômage galopant.
Bien différent est le sort des classes qui disposent de réserves. En ce qui concerne l’économie
occidentale et sa marche tant vantée vers le bien-être, la prospérité générale, nous mettrons en
évidence les données· économiques de l’inconsistance des défenses de celui qui ne possède rien d’autre
que son emploi, son poste de travail, son job. Les provisions, les diverses fournitures, l’ameublement
de son logement, la propriété même de ce logement dans le meilleur des cas, il ne les a en réalité qu’à
crédit; une crise économico-bancaire ou de circulation aura tôt fait de les faire disparaître, dès lors
qu’il aura perdu son unique source de revenu, le temps de travail ; et le progrès technique, la croissance
de la productivité, l’automatisation lui creusent sans cesse cette trappe sous les pieds.
Nous ne nous attardons pas ici à faire la démonstration économique, qui voit triompher les thèses
fondamentales du marxisme ; nous montrons seulement l’échelle, le terrain, des risques sociaux de la
classe prolétarienne moderne. Pour certaines couches et pour certaines périodes, ces risques passent
inaperçus: par exemple pour le prolétariat anglais de l’époque classique ou pour le prolétariat
américain d’aujourd’hui. Nous avons vu ces Etats capitalistes passer comme des salamandres à travers
les guerres ; mais nous avons vu aussi comment la tempête de 1929-1932 les avait frappé, et qu’à la
prosperity du nouveau pays guide du capitalisme, les Etats-Unis, faisait pendant la dure austerity de la
fière Albion, désormais dépassée.
Ces pays ne gagneront pas toujours les guerres ; le système économico-financier mondial ne fera pas
toujours retomber le poids des crises d’anarchie productive sur les autres pays, qui, comme les pays
européens plus petits, souffrent encore des maux de la dernière guerre.
Il est cependant difficile en l’état d’obtenir des prolétaires de Grande-Bretagne et d’Amérique une
sensibilité à ces risques futurs, une réaction de classe. Si nous faisions voter ces masses dans un
Conseil mondial des salariés, elles se prononceraient à l’heure actuelle pour le système capitaliste.
En attestent l’histoire du trade-unionisme et du laboriste britannique, et celle des organisations
syndicales américaines, enragées de conformisme, et qui ne servent même pas de base à un parti
politique vaguement distinct des partis bourgeois.
Et il faudra répondre à l’argument habituel et insidieux : là-bas il n’y a pas de distinctions sociales qui
s’aggravent continuellement, il n’y a pas de lutte entre les classes, il n’y a pas d’incertitude sur la bonne
marche de la machine économique.
Comment définir la classe ?
Cette même question se trouvait au centre de la lutte menée par la gauche dans l’Internationale contre
la proposition de faire entrer le microscopique parti communiste anglais dans le Labour Party. Lénine
lui-même soutenait cette proposition comme extrema ratio du reflux de la vague révolutionnaire, qui
pour nous était certain dès 1920 ; il ne préconisait cependant pas de chercher des appuis, ni du côté de
la social-démocratie, ni du côté de l’anarcho-syndicalisme.
Dans le « Dialogue avec les morts »7, nous avons utilisé une puissante réponse de Lénine à cette
question : sur quoi se fonde l’autorité dans le mouvement prolétarien ? Lénine ne parle ni de nombre ni
de décompte statistique, mais fait appel à la tradition et à l’expérience des luttes révolutionnaires dans
les pays les plus divers, à l’utilisation des leçons des luttes ouvrières, même éloignées dans le temps.
Le corpus des travailleurs révolutionnaires de tous les pays auxquels il renvoie ainsi ceux qui sont
toujours anxieux d’organiser des consultations pour résoudre les problèmes difficiles, ce corpus n’a pas
de limites dans le temps ou dans l’espace, et ne distingue pas dans sa base de classe ni races, ni
nations, ni professions.
Et nous avons montré qu’on ne peut pas plus y distinguer les générations : les morts doivent y être
écoutés comme les vivants, et, dans un sens que nous affirmons encore une fois ni mystique ni
littéraire, également les membres de la société future dont les caractéristiques s’opposeront en tout à
7 Dialogue avec les morts, « Il Programma Comunista », n° 5, mars 1956. [Source :
http://www.sinistra.net/lib/bas/progra/vale/valedcacuf.html%5D.
« Les récents débats du Congrès Communiste en Union Soviétique, qui ont trouvé partout un large écho, revêtent une
profonde signification historique. Certes, ce ne sont pas les formulations des discours qui peuvent nous la livrer, mais on ne
saurait pas davantage la découvrir en réduisant celles-ci à de simples manoeuvres verbales visant à dissimuler des calculs et
des actes mystérieux.
C’est de tout autre façon qu’il faut chercher la relation existant entre les paroles prononcées et la réalité historique qui les
sous-tend, et nous, marxistes, sommes bien mieux préparés à le faire que partisans et adversaires du «communisme», les
premiers plus désorientés que jamais, et pour longtemps, les seconds fort bruyants, mais armés de moyens polémiques et
critiques bien pauvres.
En 1952, du 5 au 15 octobre, le Parti Communiste de l’Union Soviétique tenait, rappelons-le, son XIXème Congrès. Staline,
on s’en souviendra, non seulement présidait aux travaux, mais. il était considéré par tous, ainsi que tous les textes en font foi,
comme l’ordonnateur suprême de toute la théorie historique, économique, politique et philosophique du Parti, baptisée
officiellement “doctrine de Lénine et de Staline”.
Jusqu’à la mort de Staline, le 5 mars 1953, et même jusqu’au 14 février 1956, il ne s’est trouvé personne, ni dans le parti
russe, ni dans les partis-frères, pour mettre cela en question.
Or, du 14 au 25 février de cette année 1956, le XXème Congrès du Parti «de Staline» a eu lieu et si le langage qu’on y a tenu
reste, certes, à mille lieues du langage révolutionnaire, infiniment moins ronflant, ce n’est pourtant plus celui du XIXème
Congrès et celui du vivant de Staline; car si l’on y a bien parlé, comme toujours, d’un «immortel Lénine», il n’a plus été
question d’un “immortel Staline”.
Le marxisme ne connaît ni «immortels», ni morts. Avec ceux que l’art oratoire vulgaire désigne ainsi, la vie dialogue. Tous,
un jour, répondront de leurs actes, et avec eux les vivants d’aujourd’hui et ceux qui les suivront ». NDLR
celles du capitalisme qui, selon Marx cité par Lénine, sont encore imprimées dans les coeurs et la chair
des travailleurs actuels.
Cette très vaste unité dans l’espace et dans le temps est un concept dialectiquement opposé à ces fronts,
à ces blocs infâmes qui s’affublent de l’adjectif ouvrier (ou bien pire encore, populaire). Il s’agit d’une
unité qualitative, qui regroupe des militants de formation uniforme et constante, venus de tous les
lieux et de toutes les époques.
Seul le parti politique, le parti de classe, le parti international peut assurer une telle unité. C’est lui que
revendiquèrent sans cesse Marx, Engels, Lénine, tous les combattants du bolchévisme et de la IIIe
Internationale8 dans ses années glorieuses. L’appartenance au parti ne dérive pas de données
statistiques, d’une condition sociale donnée : elle est en relation avec le programme que le parti luimême
se fixe pour le monde capitaliste tout entier, pour le prolétariat salarié de tous les pays et non
pour un groupe restreint ou une seule province.
La Gauche marxiste, italienne et internationale, n’a jamais accepté de se distinguer des opportunistes (à
peu près partout attachés aux conceptions ouvriéristes les plus grossières) en adoptant la dénomination
de Parti communiste ouvrier ou de Parti communiste des travailleurs.
Depuis le Manifeste qui a marqué notre ascension du mouvement social au mouvement politique, le
parti s’est ouvert aux non salarié, qui adoptent sa doctrine et son but historique ; et ce résultat
désormais séculaire ne peut être ni annulé, ni masqué par d’hypocrites démagogies.
Nous avons dû récemment rétablir tout cela face à la soi-disant défense du «Parti» et de sa fonction
que le XXe Congrès9 prétendait mener pour le seul parti russe, alors qu’on annonçait ouvertement dans
les autres pays un élargissement supplémentaire de ces conglomérats obscènes qui s’appellent partis
communistes (quand ils n’utilisent pas d’appellations plus informes) afin d’enterrer la scission
historique de Lénine avec la Il Internationale10 lorsqu’il dénonça les dégénérescences de celle-ci au
8 L’Internationale Communiste (IC), également appelée Troisième Internationale ou Komintern, était une organisation née le 2
mars 1919 à Moscou sous l’impulsion des Bolcheviks. À l’origine, l’IC, a été pensé comme un parti communiste mondial.
NDLR
9 Le XXe congrès du Parti Communiste de l’Union Soviétique (PCUS) s’est tenu à Moscou du 14 au 25 février 1956. Ce
congrès est resté célèbre par la déstalinisation qui y a été officialisée. NDLR
10 La Deuxième Internationale fut fondée par les partis socialistes et ouvriers d’Europe lors du Congrès de Paris en juillet
1889. Elle s’inscrivait dans la continuité de la Première Internationale, dissoute dans les années 1870. Elle prit fin avec la
Première Guerre mondiale ; les principaux partis socialistes se déclaraient pour la guerre et les bolcheviks étaient les seuls,
avec un groupe minoritaire de militants socialistes en Europe, à lutter contre la guerre. La faillite de la II° Internationale,
Lénine, 1915.
[Source : https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1915/05/19150500.htm%5D
« On entend parfois par faillite de l’Internationale simplement le côté formel de la chose, l’interruption des liaisons
internationales entre les partis socialistes des pays belligérants, l’impossibilité de réunir ni une conférence internationale, ni
le Bureau socialiste international, etc. C’est à ce point de vue que s’en tiennent certains socialistes de petits pays neutres,
probablement même la plupart des partis officiels qui y existent, et aussi les opportunistes et leurs défenseurs. Dans la presse
russe, M. VI. Kossovski a plaidé avec une franchise méritant une profonde reconnaissance la cause de cette position dans le
n°8 du Bulletin d’information du Bund. Notons que la rédaction du Bulletin n’a pas fait la moindre réserve pour marquer son
désaccord avec l’auteur. On peut espérer que la défense du nationalisme par M. Kossovski, lequel en est arrivé à justifier les
social-démocrates allemands qui ont voté les crédits de guerre, aidera bien des ouvriers à se convaincre définitivement du
caractère nationaliste bourgeois du Bund.
Pour les ouvriers conscients, le socialisme est une conviction sérieuse, et non un masque commode servant à camoufler des
opinions conciliatrices petites-bourgeoises et des tendances d’opposition nationaliste. La faillite de l’Internationale, pour
eux, c’est le reniement révoltant par la plupart des partis social-démocrates officiels de leurs convictions, des déclarations
les plus solennelles faites dans les discours aux congrès internationaux de Stuttgart et de Bâle, dans les résolutions de ces
congrès, etc. Ceux-là seuls peuvent ne pas voir cette trahison qui ne veulent pas la voir, qui n’y ont pas intérêt. Pour formuler
la chose d’une manière scientifique, c’est-à-dire du point de vue des rapports entre les classes de la société contemporaine,
nous devons dire que la plupart des partis social-démocrates, avec à leur tête, en tout premier lieu, le plus grand et le plus
influent des partis de la II° Internationale, le parti allemand, se sont rangés du côté de leur état-major général, de leur
gouvernement, de leur bourgeoisie, contre le prolétariat. C’est là un événement d’une portée historique mondiale, et l’on ne
moment de la guerre de 1914. Et nous rappelions à cette occasion les points fondamentaux qui
garantissent la vie intérieure du parti, non pas contre les défaites sur le terrain ou contre la diminution
de ses effectifs, mais contre la peste opportuniste. Il suffit d’y faire une allusion rapide.
Vie intérieure ou parti de classe
Lénine, comme on l’a souvent rappelé dans les débats récents, était pour la règle du « centralisme
démocratique ». Aucun marxiste ne peut discuter, même un moment, sur l’exigence du centralisme. Le
parti ne peut exister si l’on admet que ses différentes parties peuvent agir chacune pour leur propre
compte. Pas d’autonomie des organisations locales dans la méthode politique. Ils agit là du résultat de
vieilles luttes qui, au sein des partis de la Il Internationale déjà, ont été menées, par exemple contre la
liberté de manoeuvre du groupe parlementaire du parti, contre le droit des sections locales ou des
fédérations d’agir au cas par cas dans les municipalités ou les provinces, contre le droit d’en faire de
même pour les membres du parti dans les diverses organisations économiques, et ainsi de suite.
L’adjectif démocratique signifie que, dans les organisations de base puis dans les Congrès, on décide
par un vote. Mais un vote suffit-il à établir que le Centre obéit à la base et non l’inverse ? Cela peut-il
avoir le moindre sens pour qui connaît les ravages de l’électoralisme bourgeois ?
Nous rappellerons encore les garanties que nous avons si souvent énoncées (et récemment encore dans
le « Dialogue avec les morts »). Doctrine : le Centre ne peut modifier celle qui a été établie, dès
l’origine, dans les textes classiques du mouvement. Organisation: unique à l’échelle internationale, elle
ne peut s’élargir par agrégations ou fusions, mais seulement par adhésions individuelles ; les adhérents
ne peuvent appartenir à un autre mouvement. Tactique : les possibilités d’action et de manoeuvre
doivent être prévues par des décisions de congrès internationaux et codifiées dans un système clos. La
base ne peut engager d’actions que le centre n’ait pas décidées ; le centre ne peut inventer de nouvelles
tactiques et de nouveaux mouvements sous prétexte de faits nouveaux.
Le lien entre la base du Parti et le centre devient ainsi une force dialectique. Si le Parti doit exercer la
dictature de classe, au moyen de l’État et contre les classes ennemies, il ne peut y avoir de dictature du
centre du parti sur la base. On n’évite pas une telle dictature en recourant à la démocratie interne, mais
en respectant ces liens dialectiques.
Dans l’Internationale communiste, il arriva un moment où ces rapports s’inversèrent: l’État russe
commandait au parti russe, et celui-ci à l’Internationale. La gauche demanda en vain qu’on renverse
cette pyramide.
Nous n’avons pas suivi les trotskystes et les anarchisants lorsqu’ils firent de la lutte contre la
dégénérescence de la révolution russe une question de consultation de la base, de démocratie ouvrière
ou paysanne et ouvrière, de démocratie de parti. Toutes ces formules simplifiaient trop le problème.
Nous recherchons les critères de l’autorité générale à laquelle le communisme révolutionnaire doit se
soumettre, dans une analyse économique, sociale et historique. Il n’est pas possible de faire voter
ensemble les morts, les vivants et ceux qui ne sont pas encore nés. Mais, avec le fonctionnement
saurait faire autrement que de l’analyser sous ses aspects les plus divers. Il est reconnu de longue date que les guerres,
malgré toutes les horreurs et les calamités qu’elles entraînent, sont utiles dans une mesure plus ou moins grande en ce sens
qu’elles dévoilent, dénoncent et détruisent implacablement, dans les institutions humaines, bien des éléments pourris,
périmés et nécrosés.
La guerre européenne de 1914-1915 a commencé, elle aussi, à être d’une utilité indubitable pour l’humanité, car elle a
montré à la classe avancée des pays civilisés qu’un hideux abcès purulent est près de crever dans ses partis, et qu’il se
dégage on ne sait d’ou une insupportable puanteur cadavérique ». NDLR
dialectique de l’organe parti de classe, une telle opération devient possible, réelle, féconde, bien qu’elle
ne s’opère qu’au long d’une route difficile, jalonnée d’épreuves et de luttes terribles.
Les mesquines communautés périphériques
Sur sa puissante lancée, le socialisme a cherché puis trouvé la voie qui conduit à l’unification des
formes de vie et des rapports sociaux de l’espèce humaine à travers un cours grandiose et mondial ;
mais plus d’une fois il s’est trouvé face au même ennemi : la fragmentation, l’atomisation, la rupture en
multiples îlots des ensembles sociaux et de leur vie. Ces tentatives allaient en sens inverse de la grande
révolution capitaliste bourgeoise, qui a construit les édifices historiques unitaires que nous appelons
États nationaux dans une lutte épique contre l’émiettement moyenâgeux.
Le marxisme a réfuté la prétention d’universalité de ces formations de l’histoire et leur prétention d’être
arrivées à l’unité ; si elles ont fait disparaître les divisions verticales entre provinces, régions et
communes, elles n’ont pas touché aux divisions horizontales de la population de leur territoire, qui
opposent la classe dominée à celle qui a entre ses mains tous les leviers du système.
Le socialisme ne se propose pas d’enlever à cette dernière des fragments de son pouvoir de classe,
mais de lui enlever la totalité de ses moyens de domination, sans remettre en cause le résultat
historique de la production associée en masse qui fait se mouvoir en un mouvement unique la
production et la distribution toujours plus complexes et universelles des biens et des services.
Le socialisme a rassemblé les travailleurs de toute la nation en un bloc aussi uni et centralisé que l’État
oppresseur; mais il est allé beaucoup plus loin, en essayant d’unifier et de centraliser les partis
prolétariens de tous les pays.
Mille idéologies trompeuses se sont dressées contre cette voie unique de l’avancée révolutionnaire,
contre cette unique façon de sortir des tenailles du système bourgeois international. À leur base on
retrouve l’habituelle lubie de la liberté, reflet idiot de la tromperie fondamentale de l’idéologie
bourgeoise : n’osant se vanter qu’en cachette d’avoir uni ses sujets, la bourgeoisie se glorifie au
contraire bruyamment de les avoir un à un libérés de liens et de pressions séculaires.
La jouissance de se livrer librement aux plus capricieuses contorsions, de vivre uniquement pour soi,
que toutes les fallacieuses philosophies proposent à l’individu, le traitant d’esprit ou de chair, mais sans
jamais parler d’espèce ou d’humanité, a pour conséquence, entre autres, de restreindre son cercle
d’intérêt aux étroites limites familiales, puis locales. À une époque certains voulurent apporter des
modifications à la théorie prolétarienne, en ne l’appelant plus socialisme, mais communalisme. Ils
affirmaient, bien entendu que c’était un tournant à gauche.
Parmi tous ceux qui se faisaient passer pour marxistes révolutionnaires, il s’en trouva un pour
s’enthousiasmer de cette nouveauté : il s’agissait de l’éphémère socialiste du nom de Benito Mussolini,
qui reçut alors la première de ses nombreuses corrections11.
11 Benito Mussolini (1883-1945), avant et pendant la première guerre mondiale, était membre de la gauche du Parti Socialiste,
rédacteur- en-chef de l’organe central du parti. Il fut expulsé du parti socialiste lorsqu’il se mit soudainement à préconiser
l’entrée en guerre aux côtés de l’impérialisme français. Grâce à l’argent de Paris, il créa le journal chauvin et belliciste Il
Popolo d’italia, qui, après la guerre deviendra l’organe du mouvement fasciste. NDLR
Défilé de cordiaux ennemis mortels
La chronique de la politique italienne fourmille d’exemples de ces idioties fondées sur de petits
groupes autonomes, des cercles étroits de petits intérêts locaux, qui croyaient pouvoir échapper aux
tempêtes de l’histoire nationale et mondiale avec cet expédient indigne de la grande bourgeoisie
comme du prolétariat, mais typique des classes petites-bourgeoises. En Italie, plus qu’ailleurs, ces
classes sont des fanatiques de l’individualisme, du localisme ; libertaires et anarchistes en paroles, elles
ne sont en réalité capables que de se coucher servilement devant le fouet de tous les pouvoirs.
Les manifestations de cette manie sont inépuisables; elles tournent toutes autour de l’association en
groupes « libres », « spontanés », « autonomes », repliés sur des horizons étroits, apathiques et
conformistes.
Que disait d’autre Mazzini12 lorsqu’il préconisait, dans ses formules économiques et sociales vraiment
enfantines, les coopératives de production, même si sa République passait pour unitaire, contre la
version fédérale de Cattaneo13 ? Mais le cas suisse montre que les petits groupes sont plus autonomes
dans la république bourgeoise unitaire que sous les fameux gouvernements cantonaux.
Que nous ont concocté d’autre les libéraux-radicaux de gauche vulgairement liés aux cliques et aux
mafias locales dans l’unification étatique de Cavour14 dans le clientélisme de Giolitti15, avatar dégénéré
d’un Piémont dominateur de petits royaumes féodaux, et modèle nostalgique du communisme des
modernes «ordinovistes» qui, de leur côté, prenaient l’économie communiste intégral pour le jeu de
libres entreprises locales de production ?16
Et qu’ont inventé d’autre les réformateurs sociaux catholiques de Sturzo17, du Parti Populaire, et de la
Démocratie chrétienne, et, de façon plus générale, le mouvement de libération nationale antifasciste
avec ses grotesques autonomies régionales qui laissent bien plus libre cours au parasitisme que le
centralisme honni de la dictature fasciste ?
12 Giuseppe Mazzini (1805-1872) était un fervent républicain et combattait pour la réalisation de l’unité italienne. Ses idées et
son action politique ont largement contribué à la naissance de l’État unitaire italien, alors que les condamnations des
différents tribunaux de l’Italie l’ont forcé à l’exil et à la clandestinité jusqu’à sa mort. Les théories mazziniennes sont d’une
grande importance dans la définition du mouvement moderne européen par l’affirmation de la démocratie à travers la forme
républicaine de l’État. En politique italienne, il constitue une référence permanente, ce qui lui a valu d’être récupéré par toutes
les tendances politiques : le fascisme, la résistance et sa famille républicaine. NDLR
13 Carlo Cattaneo (1801-1869) était un républicain fédéraliste, combattant pour la réalisation de l’unité italienne. Cattaneo,
méfiant à l’égard de la centralisation, est connu pour ses idées fédéralistes qui s’appuient sur de forts principes libéraux et
laïques. À l’aube de l’unification italienne, Cattaneo est un défenseur d’un système politique fondé sur une confédération
d’états italiens sur le modèle de la Suisse. NDLR
14 Cavour (1810-1861), politicien italien, royaliste (maison royale de Savoie) et père de l’unité nationale italienne. NDLR
15 Giovanni Giolitti (1842-1928), est un homme fort de l’Italie qui a exercé plusieurs fonctions au sein du gouvernement dans
les années précédant la Première Guerre mondiale ; politicien bourgeois libéral. NDLR
16 L’ ordinovisme (du nom du journal L’Ordine Nuovo) implanté à Turin et dont Antonio Gramsci était le chef de file.
Lorsque les membres de la Gauche dirigeant le PC d’Italie furent arrêtés par les fascistes, l’Internationale nomma les
ordinovistes, Antonio Gramsci et Palmiro Togliatti, à la tête du parti avec pour tâche de le discipliner en combattant
l’influence de la Gauche Communiste Italienne. L’Ordine Nuovo était un courant qui mettait l’accent sur la question de la
gestion ouvrière et des conseils. Les dirigeants de ce groupe donneront vie au processus de « stalinisation » du parti
communiste en Italie. Gramsci est mort dans les prisons fascistes en 1937. Togliatti va devenir le personnage principal du
Parti Communiste Italien et le leader restant après la Seconde Guerre mondiale. Gramsci, l’Ordine Nuovo et Il Soviet,
« Programme communiste », n° 71, septembre 1976. En ligne : http://www.sinistra.net/lib/upt/prcomi/rope/ropemsebof.html
NDLR
17 Don Luigi Sturzo (1871-1959) était le fondateur et l’idéologue de la Démocratie Chrétienne, parti qui resta aux commandes
de l’Etat italien de manière quasiment ininterrompue de la fin de la guerre au début des années 90. NDLR
Même le mouvement, vite disparu, de Dannunzio à Fiume18, croyait imiter les formes soviétiques avec
son corporatisme indépendant de toute force politique centrale.
Toutes ces manies localistes et provinciales ont été courtisées par le syndicalisme révolutionnaire
sorélien et les divers groupes anarchistes qui ont toujours cru qu’il fallait arracher une à une ses
victimes aux griffes du capital, plutôt que d’assommer celui-ci d’un seul coup.
Turin avait donné de puissantes contributions au Parti Communiste de Livourne19 par des actions
défaitistes durant la guerre et par la participation à la Fraction antiparlementaire du Parti socialiste en
1919 ; elle fut cependant le siège de la version localiste et fragmentiste du mouvement des Conseils
qui incitait les ouvriers à quitter le parti, et même à laisser vivre l’Etat italien, en donnant l’objectif de
prendre, les unes après les autres, le contrôle et la gestion des entreprises industrielles.
Aujourd’hui, au moment des grotesques élections communales, véritable drogue du localisme italiote,
il est apparu un nouveau mouvement, qui s’appelle « Communauté »20, il rêve de bases territoriales
intercommunales pour fonder une vague société nouvelle.
La caractéristique commune à toutes ces variétés est celle-ci : elles réunissent prolétaires, paysans,
fermiers, métayers, boutiquiers, intellectuels employés dans des professions liées à l’affairisme
capitaliste (dont l’exemple le plus frappant est la pseudo-science de l’urbanisme, qui s’imagine que la
construction de bâtiments a précédé l’évolution sociale) et d’authentiques capitalistes déguisés en
bienfaiteurs paternalistes.
Il est possible que longtemps encore les faiblesses démocratiques, libérales et libertaires qui infestent
ce pays nous empesteront de tous côtés; mais, bien distincts de toute cette idiote engeance, nous leur
18 Gabriele D’Annunzio (1863-1938) était un activiste nationaliste italien et l’un des instigateurs du mouvement fasciste.
« L’impresa di Fiume » (1919-1921) a été une rébellion de certains départements de l’armée (environ 2 600 hommes
d’infanterie et d’artillerie) afin d’occuper la ville adriatique de Fiume, qui était contestée entre l’Italie et le nouveau Royaume
de Yougoslavie après la Première guerre mondiale. À cette rébellion, participèrent de nombreux syndicalistes révolutionnaires
et libertaires en essayant de créer un système corporatiste populiste, qui unifiait la tradition syndicaliste révolutionnaire et
nationaliste. L’impresa di Fiume est considérée comme une tentative de « fascisme de gauche ». Il est intéressant de noter que
le principal théoricien de l’anarchisme italien Enrico Malatesta, soutenait indirectement cette tentative. La gauche du Parti
socialiste (la partie qui va donner vie au Parti communiste) attaquait violemment cette expérience. NDLR
19 Le Parti Communiste d’Italie a été créé à Livourne le 21 janvier 1921 (section italienne de la Troisième Internationale).
Quand ce parti est né, les positions politiques étaient fortement influencées par la Gauche (gauche communiste italienne).
« Thèses sur la tactique du parti communiste d’Italie » (Thèses de Rome – 1922) : « Parti politique de la classe prolétarienne,
le Parti communiste se présente dans l’action comme une collectivité opérant selon une orientation unitaire. Les mobiles
initiaux qui poussent les éléments et les groupes de cette collectivité à s’organiser pour une action unitaire sont les intérêts
immédiats que la situation économique suscite dans les différents groupes de la classe ouvrière. Le rôle du Parti communiste
se caractérise essentiellement par l’utilisation des énergies ainsi encadrées en vue d’atteindre des objectifs qui, pour être
communs à toute la classe travailleuse et situés au terme de toutes ses luttes successives, dépassent, en les intégrant, les
intérêts des groupes particuliers et les revendications immédiates et contingentes que la classe ouvrière peut poser.
L’intégration de toutes les poussées élémentaires dans une action unitaire se manifeste à travers deux facteurs principaux:
l’un est la conscience critique dont le Parti tire son programme; l’autre est la volonté qui s’exprime dans l’organisation
disciplinée et centralisée du Parti, instrument de son action. Il serait faux de croire que cette conscience et cette volonté
peuvent être obtenues et doivent être exigées de simples individus, car seule l’intégration des activités de nombreux individus
dans un organisme collectif unitaire peuvent permettre de les réaliser.
Les déclarations programmatiques des Partis et de l’Internationale communiste contiennent une définition précise de la
conscience théorico-critique du mouvement. A cette conscience, comme à cette organisation nationale et internationale, on
est parvenu et on parvient par une étude de l’histoire de la société humaine et de sa structure à l’époque capitaliste actuelle
conduite sur la base des données et des expériences de la lutte prolétarienne réelle et dans une participation active à celle-ci.
La proclamation de ce programme et la désignation des hommes aux différentes fonctions de l’organisation résulte en
apparence d’une consultation démocratique des délégués du parti. En réalité, elles sont le produit du processus réel qui,
accumulant les éléments d’expérience, préparant et sélectionnant les dirigeants, permet au programme de prendre forme et à
la structure du Parti de se hiérarchiser » [Source : http://www.sinistra.net/lib/pre/rasseg/wiei/wieiafizuf.html#u1%5D NDLR
20 Parti politique italien, né après la Seconde Guerre mondiale, inspiré par l’industriel italien Olivetti. Son programme
représentait une critique de l’étatisme centraliste et il proposait des communautés locales organisées en un État fédéral. Une
ancienne version du modèle « small is beautiful »… NDLR
lancerons la formule avec laquelle nous avons lutté pendant et après la première guerre mondiale,
acceptant avec joie de relever le défi de la dictature fasciste : Parti unique, avec comme devise : qui
n’est pas avec nous est contre nous; pouvoir unique, à conquérir et à exercer sans trêve contre toutes
les forces opposées, contre toutes les oppositions, même sur le plan des idées.

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